Prêt du ciel !!

Ce soir là, veille de la grande nuit de Noël, Jojo avait le visage et la pensée soucieuse. Il arpentait le trottoir de son petit pas de gamin des rues en se faisant un sang d’encre dans sa petite tête du haut de ses cinq ans. Le bonnet enfoncé jusqu’au bas des oreilles, les yeux fixés sur ses baskets dont le blanc se rapprochait du gris sale. Les mains dans les poches de son jean quelques peu râpé, récupéré au secours catho, ainsi que le blouson dont la fermeture lui remontait jusqu’au cou. Jojo, tout en rentrant chez lui n’arrivait pas à apporter de réponse à la question qui le turlupinait depuis quelques jours. Tout cela à cause d’un dessin qu’il avait vu dans l’un de ses livres. L’image représentait le Père Noël avec sa hotte remplie de jouets et de bons chocolats; descendre par la cheminée et déposer auprès du sapin les cadeaux demandés. Dans sa lettre Jojo, après avoir découpé dans un magazine les images des jouets, les avait collés sur une grande feuille blanche. Puis, comme son papa, avait signé Jojo en bas de la page en lettre bâton. Il s’était appliqué pour ne pas faire de rature, comme le lui avait appris Agnès sa maîtresse. Il était fier Jojo !! De sa lettre couleur de tous ses rêves et surtout de sa première signature tracée de sa main. Il la plia soigneusement en quatre,  la glissa dans une enveloppe et sur le dessus sa maman écrivit l’adresse du Père Noël. Depuis que Jojo avait enfoui l’enveloppe dans la boite aux lettres réservées aux messages pour le Père Noël, cette image du livre revenait sans cesse dans sa pensée. Mais comment le Père Noël ferait-il pour lui apporter ses cadeaux, car dans sa banlieue du 9-3 les bâtiments tous identiques ne possédaient pas de cheminée. Tout en continuant sa marche, il levait les yeux vers le haut de ces blocs en forme de sucre en se posant toujours la même question : de savoir comment le Père Noël ferait, dans son immeuble haut de dix étages, pour rejoindre son sapin, dans l’appartement du rez-de-chaussée.

 

 

 

Ce fut au moment de se mettre à table que la famille commença à s’inquiéter. Jojo n’était pas rentré !!! D’habitude la maman savait qu’il traînait dans le hall d’entrée avec ses petits copains, mais jamais Jojo n’était en retard pour le repas. Il aimait durant ce moment raconter une histoire qui le faisait rire aux éclats. Il l’a commençait toujours de la même manière en prétendant :- Un monsieur m’a demandé comment je m’appelais et j’ai répondu comme mon père et ton père comment il s’appelle ? Comme moi ! Oui mais quand on t’appelle pour aller à table, c’est comment ? On ne m’appelle pas je suis toujours le premier !  Et Jojo riait de son histoire, il faut dire que même avant de la terminer il riait déjà aux éclats. Mais ce jour là pas de Jojo premier à table, la maman descendit dans le hall pour voir s’il s’y trouvait… pas de Jojo le hall était vide d’occupant. Avec les autres membres de la famille, ils allèrent interroger les voisins, les amis… personne n’avait vu Jojo traîner. L’inquiétude grandissait ! Une nouvelle fois tout le monde refit le tour de la cité en interrogeant les promeneurs afin de savoir si quelqu’un aurait aperçut un petit garçon vêtu d’un jean et blouson. Personne n’avait rencontré ou croisé Jojo. Les recherches ne donnant aucun succès, la famille décida de se rendre au commissariat afin de signaler la disparition de Jojo. Ils furent reçus par un jeune policier qui de suite connaissant Jojo, prit l’affaire en charge. Après l’interrogatoire d’usage, une fois toutes les informations enregistrées, il informa son chef et avec l’un de ses collègues ils partirent en ronde avec la voiture balisée. La cité, les deux policiers la connaissait de fond en comble car eux-mêmes y avaient vécus de longues années avant leurs études. Ce secteur n’étant pas trop demandé, l’un comme l’autre n’avait eu aucune difficulté à s’y faire nommer. Quelques ombres disparurent à leur approche mais malgré une fouille des caves et des cages d’escaliers Jojo restait introuvable.

 

 

 

Peu à peu, au bas de l’immeuble l’attroupement s’était fait autour des parents et chacun regarda avec espoir l’arrivée des policiers. Ce fut la déception générale devant l’échec de leur ronde. Chacun imaginait le pire et que faire de plus dans un cas comme celui là, sinon une nouvelle fois former des groupes et repartir et revenir encore et encore bredouille. Les conversations allaient bon train, chacun connaissant un cas identique, tentait de le raconter à son voisin, ce qui fit qu’au départ personne n’entendit la petite voix qui tentait de s’exprimer. Ce fut la maman de Jojo se sentant tirée par la veste qui aperçut la gamine et l’entendit lui dire de sa petite voix, qu’elle savait ou été Jojo. Le policier imposa le silence et s’approcha de l’enfant. Il posa ses mains sur ses épaules tout en s’agenouillant devant elle et lui demanda où se trouvait Jojo ? L’enfant lui répondit qu’elle ne devait pas le dire, parce que Jojo lui avait fait jurer le secret et révéler un secret c’était aller en enfer brûler dans les flammes. Alors elle n’avait rien dit, car elle avait peur des flammes. Le policier lui sourit et d’une voix calme-lui dit :- lorsque l’on fait une bonne action, jamais personne ne brûle dans les flammes mais qu’au contraire, cela redonnerait le sourire à la maman de Jojo. L’enfant avant de se décider regarda la maman de Jojo et devant son regard suppliant, elle accepta de révéler son secret, qui devenait dans sa tête une bonne action. Elle leva son doigt vers le ciel en prétendant d’une petite voix :- Jojo est prêt du ciel !! Tout le monde se regarda en se demandant si la petite ne racontait pas n’importe quoi !! Quand la petite reprit en montrant cette fois le toit de l’immeuble :- Jojo il est là-haut prêt du ciel, il attend l’arrivée du Père Noël !!

 

 

 

Jojo malgré toute sa volonté avait finit par succomber au sommeil, il ne broncha pour ainsi dire pas quand il se retrouva blotti dans les deux bras qui le serrait très fort. Il se sentait bien Jojo, la chaleur accueillante lui fit ouvrir un œil qu’il referma aussitôt tout en posant la question d’une voix endormie :- C’est toi Père Noël ? Il n’attendit pas la réponse pour se rendormir confiant et se réveiller le lendemain dans sa chambre où un immense sapin s’y trouvait entouré d’une multitude de cadeaux. Jetant les couvertures qui l’entouraient, Jojo se précipita vers les paquets. Il s’apprêtait à les ouvrir quand quelqu’un frappa à la porte. Jojo alla ouvrir ! Devant lui dans son bel habit rouge, le Père Noël apparut. De surprise, Jojo restait silencieux, ce fut donc le Père Noël qui prit la parole et dit : Tu vois Jojo le Père Noël tient toujours sa parole ! Tes cadeaux sont bien arrivés, maintenant tu peux aller les ouvrir.

 

 

 

Je peux te dire que Jojo ne se fit pas prier et ne se rendit pas compte que le Père Noël s’était éclipsé afin de rejoindre ses rênes et s’envoler dans le ciel…..treno4